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Paradis des poètes

  Le septième ange de l'apocalypse
           

  U n arbre est tombé sur la voie ferrée, les trains ne circulent plus. À la sortie de la ville, il y a une cohorte de gens qui font du stop sous le vent et la pluie. Chaque automobiliste qui passe, ou presque, s'arrête – tout le monde a entendu la radio-, et prélève son passager dans la longue file . Le hasard est bon enfant ce matin, qui m'octroie deux jeunes filles rieuses. Elles ouvrent la portière en secouant leurs cheveux trempés , me lancent des merci joyeux et s'installent l'une à l'avant, l'autre à l'arrière sans interrompre leur bavardage. Elles vantent les qualités respectives de leurs chanteurs favoris, fredonnent des mélodies et me prennent à témoin ; je proteste de mon incompétence, je ne connais rien du tout à leur musique de djeunes, je suis préhistorique, et, pour appuyer mes propos j'enfonce dans le lecteur un CD de Barbara. « Pfft, soupirent-elles, bien sur qu'on connaît ça.. » Et de me citer Trenet, Brassens, Ferré... La voiture tangue sous les rafales, les essuie –glace ont peine a repousser le déluge qui s'abat sur nous, et nous parlons poésie. Elles sont jolies, ces deux jeunes filles à la peau sombre, au visage ovale, au doigts fuselés. « Peut-on vous faire écouter quelque chose ? » Une voix orientale remplace celle de Barbara. « C'est un chanteur iranien, il interprète des textes très anciens, des poèmes arabes ou persans... » Elles me traduisent au fur et à mesure ces vers qui chantent la beauté des femmes, des nuits étoilées et des chevaux, je trouve cela simple et beau, et je le leur dis. 
  Quand, une heure plus loin, nous arrivons au carrefour où nous devons nous séparer, le soleil apparaît et nous gratifie de deux arc-en-ciel superbes.

     « Quel dommage que vous ne soyez pas musulmane, me souffle l'une, en sortant de ma voiture » L'autre acquiesce. Pourquoi ? « Nous serions allées dans le même paradis ! » Je ne sais pas quoi répondre, et je démarre. Je pense maintenant que j'aurais pu leur dire que je ne crois pas aux paradis d'après la mort, mais bien à celui dans lequel nous chantions et souriions ensemble cette heure durant. Nul juge, nulle porte, au paradis des poètes....




                       Hortense AA