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Racontez votre pire souvenir de vacances
Happy pour la vie
Emma n'est pas mon amie
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La rivière de la mort noire |
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— Pour être pété de thunes, ça, l’était pété de thunes.
La mère se retourna, les deux vieilles se turent. Cet enterrement n’en finissait pas. Le curé avait eu un malaise, et pour faire patienter l’assemblée pendant qu’il reprenait ses esprits contre le radiateur poussé à fond dans la sacristie, les membres de la famille s’étaient succédés, qui pour parler du mort en nunuchant à qui mieux mieux, qui pour lire n’importe quoi dans la Bible, au hasard. Il aurait apprécié l’humour de la situation, Edmond, mais voilà, il était dans la caisse au milieu de la travée. La famille était venue des quatre coins de France, il n’y avait plus que pour enterrer les leurs qu’ils se rencontraient. Anna, la fille unique du défunt, allait hériter d’un joli pécule en plus de la pharmacie. C’était aussi agréable qu’inattendu. Edmond, soixante douze ans, jouissait d’une santé vigoureuse quand il trépassa bêtement en voulant éviter la voiture d’un chauffard éméché qui zigzaguait dans la rue Alphonse Allais. Mauvais calcul : Edmond écrasa son coupé contre le kiosque à journaux, brisant un réverbère qui traversa le pare-brise et l’embrocha tout net alors qu’il était déjà mort. Pour Cyrille et Matthieu, quinze et treize ans, c’était l’horreur, l’ennui intégral. Déjà, ils avaient du s’habiller avec des fringues achetées exprès pour l’occasion, total bouffon plus chelou que ça tu crèves, sans parler des pompes qui vont avec, déchéance grave. Faire huit cent bornes à toute vitesse pour un ultime salut au grand-père étendu dans son cercueil avant qu’on ne visse le couvercle, embrasser des tas de gens qu’ils connaissaient à peine, c’était franchement gavant. Ils avaient pu rigoler un peu quand même en prenant avec leur téléphone portable des photos du vieux entouré de lys et l’œillets pour les envoyer à leurs potes du collège Jean Bart. « Rôti de porc avec sa garniture de saison », avait écrit Cyrille dans le texto. Le père, qui avait lu par-dessus l’épaule du gamin, avait fondu comme un milan sur le portable et l’avait confisqué, furieux pour la forme. Toute la matinée des cousins, des amis empesés avaient défilé dans la maison d’Edmond. Pour occuper les garçons, on les avait employés à pousser un peu les meubles, empiler les livres, disques et DVD qui traînaient ça et là. Tant qu’à faire, ils en avaient mis quelques uns de côté. Le grand père devait lire des Série Noire depuis la préhistoire, apparemment. Certains de ces bouquins étaient recouverts de papier cristal, et le prix marqué sur la première page donnait carrément des frissons. Il y avait des caisses et des caisses de fanzines sans aucun intérêt, des Simenon en dix exemplaires, et toute une étagère remplie de livres qui avaient tous le mot « corbeau » dans le titre. Etonnant. Rien que des polars.
Non, avait dit le père, interdit de se bourrer les poches pour lire tranquille pendant l’enterrement. Manquerait plus que ça. Un peu de respect, quand même. Oh, allez, va, tu l’appelais le vieux facho, insistaient les garçons, arrête, toi qui buvais le vin de messe et pissais dans les bénitiers….
A coté de la télévision, Cyrille trouva un mini lecteur de DVD, un vrai petit bijou tout juste plus épais qu’un disque et à peine plus encombrant, avec une batterie ultra plate. Viens voir, dit-il à son frère, on va se faire une séquence ciné pendant les funérailles. Ah oui, répondit Matthieu, et tu as trouvé quoi ? parce que moi, je ne vois que des western, là, rien d’autre !
— Putain, les titres… et je te parle pas des jaquettes!
N’empêche que dans l’église, vu que le curé tardait à revenir, vu que ça avait l’air bien parti pour faire les vingt-quatre heures du mort, vu qu’il faisait trop sombre pour lire un vieux polar aux pages jaunies, les frères étaient ravis d’avoir taxé deux trois DVD et de pouvoir se les mater discretos, le lecteur à moitié planqué sous une doudoune noire, un écouteur chacun dans l’oreille, le fil derrière l’écharpe entortillée jusqu’aux narines.
— Le titre, c’est quoi ? demanda Matthieu ?
Et pour finir, c’est le pauvre sacristain, Dédé Jeiniard, pas méchant mais pas très fin non plus qui se fit engueuler sévèrement. Déjà, qu’on mange du chewing-gum, il n’aimait pas ça. Mais quand il traîna l’aîné des garçons derrière un pilier, quand il lui asséna des baffes à faire culbuter un homme dans la force de l’âge, tout le monde pensa qu’il avait abusé de la gnôle et perdu les pédales. Il se fit autour des enfants un rassemblement, mi offusqué qu’on se donne en spectacle en un tel lieu, mi amusé d’être enfin un peu distrait. Les écouteurs arrachés, on entendait très distinctement le son du film qui se jouait dans le lecteur DVD. Quant à l’image, n’en parlons pas. Mais, bon sang, dit à sa femme furieuse le père des garçons, pendant le voyage du retour, comment auraient-ils pu savoir que tous ces foutus soi-disant western de ton cochon de père étaient en réalité une collection des films pornos des années 70 ?
Hortense AA décembre 2006 |
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